12 Juin Convergences 2026
Immersion, R&D et belles rencontres à Montpellier.
Les 2 et 3 avril, nous étions aux rencontres Convergences à Montpellier, organisées par l’agence AD’OCC. Chaque année, cet événement réunit les acteurs de la culture, de l’innovation et des industries créatives en Occitanie pour croiser les regards et imaginer de nouvelles collaborations. Cette édition, les Fées étaient bien représentées avec deux interventions : l’une sur la création immersive, l’autre sur la place de la R&D dans un studio d’animation.
Création immersive : entre effet et émotion
Pour la première table ronde, Flavio a remplacé au pied levé Aurélia Greiveldinger, responsable des sites historiques du Département des Pyrénées-Orientales, pour présenter les projets Jardins Enluminés et Explora — deux programmes immersifs que le studio a eu la chance d’accompagner. L’occasion de revenir sur les étapes de fabrication, mais surtout sur tout le travail de conception et de dialogue avec les parties prenantes, qui fait la richesse de ce type de projets.

Le débat avec les autres intervenants a permis de poser une réflexion plus large : au fond, qu’est-ce qu’une expérience immersive ? Par distinction avec une œuvre que l’on regarde face à soi — sur un écran, par exemple — c’est une œuvre dans laquelle on entre. On n’est plus soi dans son canapé : on fait partie de l’œuvre. Le vidéo mapping transforme l’espace réel, la VR isole dans une bulle sensorielle, la réalité augmentée enrichit le réel sans le remplacer… Autant de manières différentes de déplacer le regard du spectateur.
Et derrière la technique, une vraie question se pose : est-ce qu’on cherche à faire oublier au public qu’il est spectateur, ou à lui faire vivre autrement le fait de l’être ? Les deux sont légitimes, mais elles ne produisent pas les mêmes œuvres. Dans un cas, on fuit le réel temporairement. Dans l’autre, on y revient avec de nouveaux yeux.
Un point qui a beaucoup résonné dans la salle : le risque de confondre effet et émotion. L’immersif est séduisant parce qu’il produit de la sensation très vite — mais sans intention, sans sens, on n’a qu’une démo technique. La technologie crée la possibilité de l’expérience. L’artiste crée l’expérience elle-même.
Et demain ? La démocratisation est en marche — des casques VR accessibles aux dômes massifs comme la Sphere, en passant par des processeurs de plus en plus puissants. L’intelligence artificielle laisse entrevoir des expériences réactives et évolutives. Mais la question fondamentale reste la même : est-ce qu’on utilise ces outils pour fuir le réel, ou pour le comprendre autrement ? L’outil est neutre. L’intention ne l’est pas.
La R&D chez Les Fées Spéciales
Le lendemain, Amélie et Flavio ont pris la parole lors du workshop Collaborer avec la Recherche pour renforcer son innovation, pour présenter la R&D du studio.
Des outils au service de la fabrication
Nous développons du code, des algorithmes et des logiciels pour répondre à des problématiques concrètes de production — débloquer une fabrication, fluidifier la chaîne, ouvrir de nouvelles possibilités. Ont été présentés notamment Libreflow, notre gestionnaire d’assets, les nouvelles brosses développées pour le long métrage d’Aurel, et un système innovant d’animation de détails en 2D : le stroke mapping. Nous avons aussi évoqué les données d’animation que nous partageons sous licence Creative Commons, des scènes tests réalistes utiles à nos équipes mais aussi aux laboratoires de recherche, qui disposent rarement de bonnes matières de travail en animation 2D.

Au-delà de la technique
Mais chez les Fées, la R&D ne s’arrête pas à la technique. Elle sert aussi l’artistique et la médiation. C’est le cas du travail de nos Tech Artists, qui créent des images grâce au code — jumeaux numériques, cartographies pour des projets comme Antarctica. Et au-delà de la fabrication, la R&D se concentre sur la conception : comment faire passerelle entre chercheurs, médiateurs et public ?
Le consortium TRANSMEDIA
Pour répondre à ces questions, nous avons mis en place en 2018 un consortium porté par l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, financé par le FEDER et le FSE. Le projet TRANSMEDIA visait à explorer les pistes de création transmédia pour développer de nouveaux contenus culturels, pédagogiques et scientifiques, avec deux laboratoires de recherche : RIRRA 21 (art numérique, questions d’organisation) et ART-Dev (coopératives, logiciel libre, nouveaux modèles économiques).
L’enjeu central : l’hybridation des formats. Partir d’un savoir-faire en animation pour aller vers la VR, la réalité augmentée, le multimédia muséal — et réorganiser nos méthodes pour y arriver. Des projets comme Héraklès, La Vérité sort de ou Tristan et Léopold illustrent bien cette ouverture, avec leur lot de questions nouvelles : comment adapter ses méthodes ? Collaborer avec des comités scientifiques ? Intégrer l’innovation et le logiciel libre dans un modèle économique durable ?

TRANSMEDIA a aussi permis d’avancer sur la co-construction avec des publics spécifiques — par exemple, le travail avec le monde des sourds pour concevoir un programme inclusif, et cette question passionnante : comment transposer la langue des signes, qui se déploie dans l’espace en volume, dans l’espace 2D de l’animation ? Le projet s’est conclu par une journée de recherche en septembre 2021, avec parmi les perspectives ouvertes : travailler avec les musées en logique de coproduction plutôt que de prestation.
Le programme SOLS
Le deuxième consortium, SOLS, est une évolution directe de TRANSMEDIA. Une collaboration entre Les Fées Spéciales et le CEFE (Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive, rattaché à l’Université Paul-Valéry, au CNRS et à l’IRD), avec des chercheurs en écologie, en humanités environnementales et en valorisation du patrimoine naturel. Le lieu de diffusion grand public : le zoo de Montpellier.

La question de départ est simple mais fondamentale : comment modifier les comportements du grand public vis-à-vis d’un espace invisible et pourtant essentiel à la biodiversité — le sol ? Un espace qu’on ignore, qu’on trouve repoussant, parce qu’il abrite des insectes qui font peur. Le cube de réalité augmentée a été conçu pour ça : rendre visible l’invisible, donner accès à la vie des sols et faire tomber les peurs. L’installation devait être légère, solide, autonome — et fonctionner sans médiateur. De nombreux allers-retours ont été nécessaires, depuis un premier modèle papier peint jusqu’à une version kakémono installée en médiathèques.
Une R&D à plusieurs dimensions
Pour conclure, cette R&D nous a permis d’obtenir le statut de Jeune Entreprise Innovante, de bénéficier chaque année du CIR et du CII, et d’être soutenus par le CNC via l’AMT et l’ATA pour le développement de nos outils d’animation. Ce qu’on retient, c’est que la R&D chez les Fées est portée par des solutions technologiques bien sûr, mais aussi par une recherche autour de la médiation scientifique, de ses enjeux, de son économie, des usages et des usagers — grâce à des partenaires et des laboratoires qui nous accompagnent.
Un débat riche pour finir
Le débat qui a suivi était particulièrement stimulant. La table ronde était partagée avec les représentants du programme PEPR ICCAR, ainsi qu’un panel passionnant sur la gamification d’un modèle multi-agent appliqué à la Préhistoire, porté par Hugo Ghezal (préhistorien et game designer), avec l’Université de Perpignan (Sophie Grégoire) et l’École Polytechnique (Marie-Paule Cani).

Deux jours de rencontres qui confirment que la convergence entre création, recherche et innovation a encore de belles choses devant elle. Merci à AD’OCC pour l’organisation, et à tous les intervenants pour la qualité des échanges !