Résidence animation à Montpellier

Résidence animation à Montpellier

Retour sur cette première édition et les premiers talents de la résidence Animation Montpellier 2025.

Le service culture de Montpellier Méditerranée Métropole organisait le vendredi la sortie des résidences audiovisuelles dans l’amphithéâtre du musée Fabre. Documentaire, fiction, musique… et pour la première fois, une résidence animation, dont le studio Les Fées Spéciales est partenaire. Alors que l’animation s’impose aux côtés du jeu vidéo, de la fiction et du documentaire, l’enjeu de cette résidence est clair : faire émerger des projets d’animation locaux, qui naissent et grandissent ici, permettant à l’écosystème montpelliérain de participer à l’émergence de contenus nouveaux — et de ne pas être seulement producteur exécutif pour des projets venus de l’extérieur.
Or, peu d’outils permettent aujourd’hui de faire émerger des projets d’animation dans le Sud. Notons tout de même, à Toulouse, la résidence Animation pour le documentaire portée par XBO/Les Affranchis, ou la résidence Do Not Disturb chez nos voisins et amis d’Arles.

C’est dans ce contexte — la volonté de l’agglomération de soutenir de nouveaux auteurs, et l’envie de studios comme Supamonks, qui porte déjà la Suparésidence à Paris depuis treize ans, et nous, les Fées Spéciales — qu’est née la résidence animation de Montpellier. L’APIFA (Association des Producteurs Indépendants d’Occitanie), dont nous sommes membres, est venue piloter le programme, et l’association MIA (Montpellier Images Animées), dont nous sommes aussi membres et fondateurs, est venue en renfort. Le tout a été soutenu par le CNC, qui est venu abonder au budget issu du fonds audiovisuel de l’agglomération. L’idée : accueillir deux projets sur un parcours de création en plusieurs temps. Un accompagnement à l’écriture, avec du script doctoring, à la mise en scène et au montage, organisé en modules d’une demi-journée. Mais aussi du temps en studio, chez Supamonks et chez les Fées Spéciales — deux semaines pour tester des choses : recherches graphiques, storyboard, tests techniques, selon le besoin. Installés dans les studios, dans un cadre concret, les auteurs pouvaient avancer selon leurs nécessités. À la sortie, ils devaient avoir suffisamment développé leur projet pour pouvoir démarcher des producteurs et aller plus loin dans la conception et le financement du film. La contrainte : des projets de court métrage, à la technique libre. Lancée en juin 2025, la résidence a reçu près de trente dossiers éligibles. Quelle bonne surprise ! Le territoire montpelliérain s’est révélé riche en propositions qui ne demandaient qu’à être révélées. Le jury a eu du mal à choisir les deux projets lauréats… et l’agglomération a poussé les murs pour en accompagner finalement trois.

Trois projets beaux et percutants ont été sélectionnés. Des thèmes forts comme on les aime : le deuil de la perte d’un enfant, le choc culturel et l’acculturation, l’abandon et le parcours pour se reconstruire. Les techniques retenues étaient toutes en 2D pour cette première édition — peinture gouache, animation traditionnelle, numérique. Nous avons eu le plaisir d’accueillir deux projets à l’atelier.

Tout le monde sait faire du vélo, de Gabriela Orozco. Basé sur son expérience personnelle, ce film raconte le choc culturel vécu par Gabriela, mexicaine, à son arrivée en France en suivant son mari. En France, tout le monde sait faire du vélo depuis l’enfance — ce qui n’est pas usuel au Mexique. L’apprentissage du vélo à l’âge adulte devient alors une étape à franchir, métaphore sensible d’une intégration en cours. Lors de son passage au studio, Gabriela s’est concentrée sur du storyboard et de l’animatique pour une séquence particulière, l’occasion d’interroger sa mise en scène et son rythme.



Le Vol du rouge-gorge, de Théo Lenoble. Le film parle de l’abandon qu’a vécu l’auteur lorsque son père a quitté le foyer familial et comment on gère le vide laissé. Pendant son passage au studio, Théo s’est concentré sur des tests techniques : comment s’aider de la 3D pour réaliser une séquence animée en gouache ? À partir d’une scène de layout créée par Eva, Théo a utilisé un projecteur pour reproduire au crayon chaque frame du mouvement de caméra, avant de peindre chaque vignette en petit format, puis de la reprendre en photo. Un procédé qui permet de peindre un plan en mouvement, à la gouache. Un plaisir de pouvoir aider à prototyper ces tests.


Pour les deux projets, l’équipe des Fées a pu écouter et interagir lors des premiers pitchs et tests. Les auteurs ont aussi passé du temps avec Eric Serre pour parler narration et direction artistique, et avec Flavio Perez pour aborder les questions techniques.

Soulignons enfin le projet d’Alexandre Blain, Le Coffre, qui aborde le deuil dans un univers graphique très maîtrisé. Ce projet a été accompagné par nos amis de Supamonks.

Bravo aux auteurs pour le chemin parcouru. Merci aux intervenants, et à l’agglomération d’avoir porté ce programme avec Alice Baldot de l’APIFA. Nous sommes très heureux de cette première édition. Ce matin était aussi l’occasion d’annoncer une deuxième édition, avec un appel à projets qui démarrera en juin.

Nous serons de nouveau au rendez-vous — et nous espérons que d’autres studios se joindront au programme.