24 Avr 10 ans d’artisanat audiovisuel
Dix ans. Une coopérative. Une conviction.
Si les Fées Spéciales existent encore dix ans après leur création, ce n’est pas un hasard. C’est le résultat d’un choix clair : ne pas seulement produire des images, mais interroger la manière dont elles sont fabriquées.

La technique n’est jamais neutre
Dès le départ, nous avons considéré que l’outil de production était un enjeu culturel. Choisir la forme coopérative, c’était déjà une manière de questionner la gouvernance. S’inscrire dans l’Économie Sociale et Solidaire, c’était poser la question de la pérennité. Choisir le logiciel libre, c’était interroger la dépendance technologique et la coopération avec les autres studios. La technique n’est pas un simple support. Elle façonne les méthodes, les relations de travail, et même les récits.
Le choix du logiciel libre
Nous avons fait très tôt le choix d’appuyer nos pipelines sur des technologies ouvertes. Non par posture, mais par cohérence. Contribuer plutôt que consommer. Partager plutôt qu’enfermer. Transmettre plutôt que verrouiller.



À l’époque, on se moquait de nous — on nous voyait comme les symboles d’une économie au rabais, des amateurs, sans intérêt pour une économie de coopération. Dix ans plus tard, on ne se moque plus de notre discours. L’utilisation du logiciel libre Blender s’est largement répandue dans le milieu, et la question du logiciel libre est même devenue un critère de bonification des subventions du CNC — car on voit bien l’intérêt pour une institution de ne pas financer deux fois le même développement fermé.
Autour de nous, des contributrices et contributeurs ont joué un rôle clé, à commencer par Damien Coureau et toutes celles et ceux qui participent à l’écosystème open source de l’animation. De nombreux studios ont, depuis, suivi le mouvement, même s’il reste du chemin.
La R&D : une exigence structurante
Naturellement, durant ces dix années, la Recherche & Développement a occupé une place centrale. Grâce aux outils publics comme le Crédit Impôt Recherche (CIR) et le dispositif de Jeune Entreprise Innovante (JEI), et au soutien des dispositifs français et européens, nous avons pu investir du temps dans l’amélioration des pipelines, l’optimisation des flux de production, la contribution à des briques logicielles partagées et l’exploration de nouvelles méthodes de fabrication.
Le statut de jeune docteur, aujourd’hui fragilisé par des décisions budgétaires, a été un levier précieux pour rapprocher le monde académique et celui des studios, notamment chez nous. Nous estimons d’ailleurs que sa disparition constitue une perte réelle pour la recherche française. Car si nous pouvons faire des films, des programmes hybrides, c’est d’abord parce que la recherche académique a tracé des sillons, ouvert des portes, et partagé sa connaissance. Ce statut permettait de dire aux étudiants : prenez encore le temps de faire de la recherche, le monde du travail vous attendra.
Avant ça, nous avions aussi pu mettre en place une convention CIFRE dès les premiers mois de la vie du studio, avec Damien Picard, aujourd’hui associé et salarié du studio, et le laboratoire INREV de Paris 8. Des outils indispensables donc.
Un écosystème vivant
Rien de cela ne se construit seul. Depuis Montpellier, nous avons été — et sommes toujours — acteurs de plusieurs associations qui témoignent d’un territoire en ébullition.
Montpellier Images Animées, association professionnelle des acteurs de l’animation du territoire montpelliérain, œuvre depuis quatre ans à structurer le secteur. Le Montpellier ACM SIGGRAPH Chapter fait écho au plus grand salon mondial sur la recherche en informatique graphique : nous y organisons des rencontres et tables rondes avec des partenaires locaux comme l’agence de l’innovation Ad’OCC et le cluster Push Start. L’APIFA, l’association des producteurs indépendants d’Occitanie, dont nous sommes membres depuis des années et représentants au bureau de la filière Est Occitanie et de l’animation. Et maintenant Sud Anim, l’association des acteurs de l’animation de la région PACA.
À Montpellier, c’est aussi un écosystème incluant un festival — Les Illuminés — et, depuis l’an dernier, une résidence d’auteur de l’agglomération dont nous sommes de fiers partenaires. Tout cela a permis de participer récemment à la mise en place du Pôle Territorial des ICC de Montpellier, piloté par Montpellier Méditerranée Métropole et de solides partenaires — Tropisme, Ubisoft, France TV Studio — dans le cadre de France 2030.
Studios, associations, syndicats, festivals, écoles, laboratoires… L’audiovisuel français est un écosystème exigeant, structuré, parfois fragile, mais profondément engagé. Et il est fortement ancré dans nos territoires. Nous sommes fiers d’en faire partie.
La haute couture audiovisuelle
Dix ans de production, ce sont des films sortis en salles, des musées équipés, des documentaires, des projets hybrides. Mais au-delà des formats, il y a une méthode : prendre chaque projet comme un cas particulier. La R&D nous permet d’adapter constamment les outils, de réinventer les workflows pour ne jamais appliquer une recette unique. C’est peut-être cela, notre définition de la « haute couture » : une précision technique au service du récit, un artisanat industriel.
Une notion a priori contradictoire — mais lorsque l’on fait chaque film, chaque plan, une seule fois, comme un prototype, au service d’un auteur, d’une œuvre graphique, d’une médiation, on est dans l’artisanat. Et lorsque la chaîne de fabrication reproduit ce processus des centaines ou des milliers de fois, sur différents sites, avec le concours de dizaines d’intervenants, sans que cela se voit à l’image, on est dans l’industrie. Jamais deux projets des Fées n’ont été faits de la même manière. Tous sont uniques.
Ce que nous défendons
Ce que nous portons depuis dix ans, c’est un modèle coopératif viable dans l’animation, une industrie culturelle ancrée dans les territoires, une fabrication exigeante et durable, et un dialogue permanent entre création, technologie et recherche. Dix ans plus tard, ces convictions ne se sont pas affaiblies. Elles se sont consolidées.
Merci à toutes celles et ceux qui ont partagé cette aventure avec nous — partenaires culturels, institutions, chercheurs, studios amis, équipes qui sont passées par l’atelier. Merci au Ministère de la Recherche de de l’Industrie, au Ministère de la Culture, au CNC, à la Région Occitanie, à Montpellier Méditerranée Métropole, le pôle Réalis, à La région PACA, à Vaucluse Attractivité, au Grand Avignon et l’Université d’Avignon et à tous les dispositifs publics qui permettent à un studio comme le nôtre d’exister et d’innover.















