10 ans, et après ?

10 ans, et après ?

Dix ans, ce n’est pas une conclusion. C’est un seuil. Et ce qui nous intéresse, c’est la suite.

Un contexte qui change

Le paysage audiovisuel évolue rapidement. Les modèles économiques se tendent, les financements se complexifient, les équilibres politiques et culturels sont fragilisés, les technologies accélèrent. L’animation, comme tout le secteur culturel, traverse une période d’incertitude. Mais l’incertitude n’est pas une nouveauté pour nous — c’est même le terrain naturel de la création. Et c’est dans ce contexte que l’on continue de naviguer, avec les mêmes convictions qu’au premier jour.

Continuer à expérimenter

Depuis dix ans, nous avons fait un choix : ne pas appliquer des recettes. Cela veut dire continuer à investir dans la recherche, questionner nos outils, contribuer au logiciel libre, former et transmettre. La R&D est la colonne vertébrale du studio. On nous a parfois dit de l’alléger — mais on ne peut pas. On ne tiendrait plus debout.

L’innovation n’est pas un slogan. C’est une discipline.

Défendre un modèle coopératif

Être une SCOP dans l’animation n’est pas un détail administratif. C’est une position. Cela signifie partager la gouvernance, inscrire la transmission dans la durée, accepter la complexité du collectif, et penser la pérennité plutôt que l’effet à court terme. Dans un secteur où les cycles sont courts et la pression forte, nous faisons le pari du temps long.



Ancrage territorial, ouverture internationale

Depuis le début, nous croyons aux territoires. Nous croyons à la possibilité de créer autrement qu’à Paris. Ce n’a pas été facile. Mais aujourd’hui, un écosystème complet existe et vit à Montpellier — ce qui n’était pas le cas pour l’animation il y a dix ans. Les écoles étaient déjà présentes, de l’Université Paul-Valéry et l’Université de Montpellier aux cursus exigeants d’ArtFx et de l’ESMA. Ici, on formait — mais les étudiants partaient. L’écosystème s’est depuis structuré et propose un bassin d’emploi suffisant pour que les artistes et techniciens puissent rester sous ces latitudes ensoleillées.

Ce travail n’aurait pas été possible sans l’implication des pouvoirs publics : à Montpellier, la Ville, Montpellier Méditerranée Métropole et la Région Occitanie ; à Avignon, l’agglomération, l’Université, le département et la Région Sud. Leur engagement est essentiel pour que ce maillage se pérennise.

Car pour nous, le futur passe aussi par un nouveau territoire plein de promesses : Avignon. Pour nos dix ans, nous avons ouvert notre deuxième antenne dans la cité des Papes. Un écosystème jeune mais dynamique s’y installe, porté notamment par l’École des Nouvelles Images et des studios à dominante 2D — une complémentarité bienvenue avec l’écosystème montpelliérain, davantage orienté 3D.

De quoi compléter notre offre de service et rester au plus près de deux pôles régionaux ambitieux.

Nous croyons aussi aux circulations, aux échanges européens, aux collaborations internationales. Aucun long métrage accompagné depuis Dilili ne s’est fait sans une coproduction internationale — modèle qui était réservé aux projets difficiles à financer, mais qui tend aujourd’hui à se généraliser.

Un studio ancré n’est pas un studio fermé.

Préserver l’exception culturelle, par l’éducation à l’image

Préserver l’exception culturelle française devrait être un combat quotidien des acteurs, des institutions et du public. Elle est aujourd’hui attaquée de toutes parts : CNC, fonds culturels, France Télévisions, chronologie des médias, intermittence du spectacle — autant d’outils de plus en plus menacés.

Le danger politique semble aujourd’hui plus grand que les dangers de l’IA.

Et sur ces deux fronts, une partie de la réponse se trouve dans l’éducation à l’image. Préserver l’exception culturelle, c’est aussi faire notre part pour que le public s’approprie les codes de lecture et ne se contente pas d’une culture saturée et standardisée. À l’image des campagnes pour mieux manger, il faut apprendre à mieux goûter les œuvres exigeantes et faites main que nos industries culturelles et créatives produisent.

Cela passe par une présence dans les rendez-vous populaires, les festivals, les rencontres avec les scolaires. Par le choix d’accompagner face à son public des œuvres engagées — comme 2h14, que nous avons eu la chance de coproduire et qui commence à peine sa vie face au public. Cela passe aussi par les musées : mettre des images bien construites et porteuses de sens là où le public en a besoin. Et on a besoin de belles lumières en ce moment.

Nous gardons de l’énergie pour ces questions.

Ce que nous voulons construire

Pour les dix prochaines années, nous souhaitons continuer à accompagner des œuvres exigeantes, renforcer les ponts entre recherche et production, consolider notre modèle coopératif, rester indépendants dans nos choix technologiques, et transmettre. Continuer à travailler sur des projets qui ont du sens. Pas nécessairement les plus visibles. Mais les plus nécessaires.

Rester curieux

S’il y a une chose que ces dix années nous ont apprise, c’est que la curiosité est notre moteur le plus fiable. Aller sur des terrains où on ne nous attend pas, explorer des sujets nouveaux, croiser les disciplines, ne jamais considérer que l’on « sait faire » et toujours agir comme si l’on apprenait encore.
Les Fées ont dix ans. Elles ne cherchent pas à grandir pour grandir. Elles cherchent à durer.
Merci à toutes celles et ceux qui ont été là. La suite s’écrit maintenant.